DECENTRALIZED AUTONOMOUS ORGANIZATION – DAO

DAO

COMPRENDRE LA DAO

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Le 16 mai 2016 restera probablement comme une date importante dans le développement de la blockchain. En dépassant les 120 millions de dollars levés en près de quatre semaines, « The DAO » (http://daohub.org) est devenue ce jour-là la plus grande campagne de crowdfunding de tous les temps. Le projet avait été lancé par une communauté organisée notamment autour de la start-up blockchain Slock.it.

« The DAO », dont la campagne de crowdfunding dure jusqu’au 28 mai, devient ainsi le premier exemple concret d’organisation autonome décentralisée sur blockchain. L’occasion de revenir avec Stephan Tual, cofondateur de Slock.it, sur ce qu’est une DAO en général, sur les particularités de « The DAO » plus spécifiquement, et sur son avenir.

Mise à jour : le 17 juin 2016, The DAO a été victime d’une attaque de grande ampleur (un hacker a profité d’une faille dans le code) qui a conduit à l’arrêt de son développement. The DAO a donc été une (courte) expérimentation ayant mis en lumière les défis qui restent à résoudre pour que ce type d’organisation puisse prospérer (pour aller plus loin : une très bonne analyse sur les leçons de l’affaire The DAO).

Définition d’une DAO

Une DAO (Decentralized Autonomous Organization) est une organisation fonctionnant grâce à un programme informatique qui fournit des règles de gouvernance à une communauté. Ces règles sont transparentes et immuables car inscrites dans la blockchain.

 « C’est une forme d’organisation incorruptible qui appartient aux personnes qui ont aidé à la créer et à la financer, et dont les règles sont publiques. » détaille Stephan Tual. « Il n’y a donc pas besoin de faire confiance à qui que ce soit, car tout est dans le code, auditable par chacun. »

Qu’apporte une DAO ?

Une DAO apporte 3 éléments nouveaux par rapport à une entité traditionnelle, comme l’explique Simon de la Rouviere (du projet blockchain Consensys) dans un post :
– Une DAO ne peut pas être arrêtée ou fermée.
– Aucune personne ou organisation ne peut contrôler l’entité (personne ne peut manipuler les chiffres, par exemple).
– Tout y est transparent et auditable, dans un cadre supranational.

Il s’agit donc d’un fond global qui est ouvert à tous, qui ne s’appuie sur aucune juridiction, fonctionnant avec du code informatique, et où personne ne peut frauder.

« The DAO », le premier exemple de DAO

Le projet « The DAO », à l’initiative de la start-up blockchain Slock.it, est donc le premier exemple d’un tel type d’organisation. « Le but de « The DAO » est d’être une expérience avant tout. C’est un type d’organisation atypique qui n’est pas adapté à toutes les situations, mais qui est une application concrète de la situation de « trustlessness », cet environnement où la confiance n’est pas nécessaire, créée par la blockchain » explique Stephan Tual. The DAO fonctionne avec la blockchain Ethereum.

La fonction de The DAO est triple : évaluer des projets qui lui sont soumis ; décider collectivement avec les détenteurs de jetons de la DAO de financer ou non ces projets ; distribuer les risques et récompenses qui y sont relatifs.

The DAO se place à la croisée du crowdfunding, du fond d’investissement et de la fondation.

Qui sont les parties prenantes d’une DAO ? 

Une DAO est constituée d’une part des détenteurs de jetons qui constituent les « actionnaires » de la DAO, et d’autre part des prestataires.

Les premiers participent à la création de la DAO, investissent de l’argent en échange de jetons, et constituent la base de la DAO.

Les seconds sont ceux qui soumettront des projets à la DAO et demanderont du financement. Bien que les propriétaires de jetons puissent décider de dépenser l’argent dans ce qu’ils veulent (par exemple des dons, des projets d’amélioration de la DAO etc.), l’idée du projet « The DAO » semble être de servir de fond d’investissement pour des start-up Ethereum « early stage ».

Parties prenantes d'une DAO
Les parties prenantes d’une DAO

Le projet « The DAO » implique également des « curateurs » (photo ci-dessous), dont Vitalik Buterin, inventeur d’Ethereum ; Gavin Wood, fondateur d’Ethcore ; Christian Reitwießner, développeur du langage des smart contracts Ethereum intitulé Solidity ; ou encore Alex Van de Sande, designer de Mist, le navigateur Ethereum (l’équivalent de Chrome ou Firefox, mais pour les applications d’Ethereum).

« Le seul rôle des curateurs est de vérifier que le code source fourni par un prestataire correspond bien à ce que le prestataire propose. Mais leur travail est auditable par chacun. S’ils sont « corrompus », ils peuvent être repérés rapidement, et écartés. » précise Stephan Tual. « C’est un système malin, pensé pour éviter la centralisation de l’organisation, mais en même temps garantir la sécurité« .

Curateurs DAO

Financer des projets Ethereum

Deux projets présentés sont d’ores et déjà connus : le projet de Slock.it autour de « l’Universal Sharing Network », une combinaison d’objets intelligents et d’applications rendant possible la location, la vente ou le partage d’objets connectés au travers d’une interface utilisateur intuitive ; et celui de Mobotiq, qui propose une voiture électrique autonome qui se conduit et se loue elle-même, le tout à faible coût.

Les projets seront soumis à la DAO dès qu’ils seront prêts, et initieront ainsi le début d’un processus de 4 phases :

  • 1 – Proposition : le prestataire soumet un projet à la DAO. La proposition définit notamment combien d’ethers (la devise d’Ethereum) seront fournis au prestataire, et quels produits ou services le prestataire fournira à la DAO en échange.
  • 2 – Vote : les détenteurs de jetons débattent et votent pour accepter ou rejeter la proposition. « Dans le code initial, le délai de vote est de 2 semaine, mais il est modifiable par décision collective des détenteurs de jetons » détaille Stephan Tual.
  • 3 – Développement : Le prestataire est obligé, par une série de smart contracts, de fournir des livrables et objectifs à des moments prédéfinis.
  • 4 – Déploiement : le service ou produit du prestataire est déployé, et les avantages négociés au départ sont fournis à la DAO. Ils peuvent être monétaires ou non.

La DAO peut ensuite décider si elle souhaite réinvestir l’argent gagné dans de nouveaux projets, ou le redistribuer aux détenteurs de jetons, à la manière de dividendes, sur la base d’un simple vote des détenteurs de jetons de la DAO.

Quelle suite pour The DAO ?

A l’heure actuelle, les moyens de coordination et de décision de la DAO sont assez limités. Du point de vue du code, il n’y en a tout simplement pas. Mais il est prévu dans le futur de développer une interface de vote simple. La communauté travaille également à des forums de discussions limités aux détenteurs de jetons. « Je pense que c’est très important » souligne Stephan Tual. « Sur Redditpar exemple aujourd’hui, il y a parfois 50% de trolls, des gens qui écrivent n’importe quoi et qui ralentissent le travail de tout le monde. Mais c’est tout simplement parce que ce sont des gens qui n’ont pas investi. Je pense qu’une fois qu’on pourra avoir ce filtre, pour avoir des discussions qu’entre détenteurs de jetons, entre personnes qui ont de l’argent en jeu, on pourra voir des discussions intéressantes émerger, des propositions.«

« L’idée est que dans la version 2.0 ou 3.0 de la DAO, il y ait des modèles de gouvernance plus avancés, pourquoi pas proposés par la DAO elle-même, qui lui permettent de s’adapter efficacement et rapidement aux changements » note Stephan Tual. « La raison pour laquelle les entreprises actuelles ne se réinventent jamais, c’est parce que soit elles font faillite, soit elles se spécialisent dans un secteur et capitalisent dessus. Apple pourrait tout à fait du jour au lendemain se mettre à faire des outils d’agriculture, mais ils perdraient tous les bénéfices d’image high-tech accumulés jusque là par exemple. Dans le cadre de la DAO, il y a bien plus de potentiel de se réorienter chaque jour, envers des nouveaux prestataires de services, dans de nouveaux secteurs.«

Cependant, la DAO sera confrontée aux mêmes questions, et peut être devra-t-elle « forker », c’est-à-dire que des utilisateurs décident de prendre le code, le dupliquer et pourquoi pas l’améliorer, pour créer une autre DAO, dont le but serait par exemple de financer des projets plus « durables ».

Toujours est-il que les DAO semblent être un exemple parfait d’application potentiellement « mainstream » de la blockchain. « On a là la possibilité d’avoir une des applications les plus intéressantes de la blockchain. Les médias généralistes devraient s’y intéresser » conclut Stephan Tual.

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